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A la rencontre de Vitalis
À la fin du premier siècle de notre ère, dans la cité d’Arelate (Arles), suivez le quotidien de nos héros : Vitalis, tailleur de pierre que ses vices vont rattraper et Neiko, adolescent qui ne rêve que de prendre la mer. Deux destins qui se croisent et s'influencent loin de la vie des grands personnages de l'Empire. Voici une bande dessinée très bien conçue, s'appuyant sur une base archéologique et historique réelle. Vous retrouverez à la fin de l'ouvrage un dossier explicatif sur le mode de vie à Arles durant l'époque romaine sous forme de BD.
Rencontre avec Alain GENOT
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A gauche Alain Genot, à droite Laurent Sieurac (Copyright A. Menier)
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Actuellement archéologue au musée départemental de l’Arles antique, Alain Genot a fait des études d’histoire à l’université d’Aix en Provence puis après une spécialisation en archéologie méditerranéenne, a dirigé des chantiers de fouille dans le département des Bouches-du-Rhône (notamment à Berre l’Etang). Egalement fan de BD, c’est assez naturellement qu'il s'est associé à Laurent Sieurac sur le projet de faire une BD « antique » s’est mise en place.
Alain Genot, pouvez-vous nous parler de Vitalis et de Neiko, les deux héros de votre BD ?
Vitalis est un jeune homme d’une vingtaine d’année, autant dire un homme accompli pour l’antiquité. Marié, ce citoyen romain exerce la profession de tailleur de pierre. Il a cependant quelques soucis car il aime boire et jouer, deux vices qui malheureusement lui laissent souvent exprimer son caractère quelque peu emporté… Endetté et connu pour ses excès de violence, Vitalis va devoir trouver une solution pour faire vivre sa famille (son épouse est enceinte) et échapper à ses usuriers… Au cours de ses tribulations en ville, Vitalis croise à quelques reprises le jeune Neiko. Neiko est un enfant de bonne famille d’une douzaine d’année. Il sera bientôt un homme et cherche sa voie. Fils d’un armateur arlésien, il ne rêve que d’une chose : naviguer. Mais à ce jour il reste un enfant et se doit d’aller tous les jours rejoindre son instituteur pour gouter de sa férule… L’histoire de ces personnages se présente comme une tranche de vie, un instant du quotidien dans le monde romain.
Vous avez travaillé en binôme avec Laurent Sieurac (dessinateur et scénariste), comment s'est déroulée la collaboration entre la partie scientifique et la création artistique ? L’atout principal a été que nous avions tous les deux la même vision du travail. Le projet était avant tout de faire une BD ! Cela peut sembler une évidence comme cela, mais en réalité ça ne l’est pas. Nous ne voulions surtout pas que la BD soit un prétexte pour placer des données archéologiques ou historiques. En réalité c’est le contraire, c’est une BD et les données archéologiques sont une trame de fond. C’est pour cela que le scénario été écrit par Laurent. Outre le fait que je ne suis pas capable de faire ce travail, il fallait que ce soit un professionnel qui écrive le scénario. Laurent a donc écrit son histoire sans au départ trop se soucier du contexte historique. Le premier synopsis écrit, c’est alors joué une partie de ping-pong entre nous. J’intervenais pour faire en sorte que l’histoire soit plausible dans un contexte de la fin du premier siècle de notre ère. Quand la phase de dessin a commencée, je suis également intervenu pour guider le trait de Laurent. Comment représenter des chaussures, un immeuble… J’ai également fourni pas mal de documentation à Laurent (textes, illustrations…) pour qu’il puisse s’immerger dans le monde romain. Laurent a également écouté mes commentaires concernant le scénario et les dialogues ce qui fait qu’a la fin je ne suis pas seulement conseiller historique mais également co-scénariste !
En fin d'ouvrage, vous présentez un dossier sous forme de bande dessinée sur Arles à l'époque antique, cette BD est vraiment ancrée dans le réel ...
En effet, si l’histoire de la BD Arelate est une pure fiction, le cadre se veut le plus rigoureux possible. Le but étant de plonger le lecteur dans une ambiance romaine, nous avons fait en sorte que l’arrière plan soit le plus rigoureux possible. Ainsi on peut voir énormément de détails en arrière plan. Par exemple, sur une des planches notre héros Vitalis marche dans la rue avec sa femme Carmillia. Lorsque vous lisez la BD, vous voyez simplement des personnages qui marchent dans la rue et vous suivez le récit à travers leur dialogue. Mais en arrière plan vous avez énormément de choses… Une fontaine publique qui déborde sur la voirie et verse son trop plein dans la rue ; des ouvriers qui refont le pavement d’une rue en utilisant une grue ; des façades d’immeubles… Tous ces éléments ont été dessinés au regard des connaissances archéologiques et aucun n’est inventé ! Il en va de même pour les vêtements des personnages, le mobilier d’intérieur, ou encore les relations qu’entretiennent les personnages en fonction de leur statut social. Nous ne restituons pas la ville d’Arles mais nous la recréons avec un univers plausible et cohérent. L’idée était vraiment de donner à voir un monde romain correspondant non pas aux standards du péplum mais à celui des connaissances actuelles.
Pouvez-vous nous parler à titre d'exemple de ce couteau à lame pliante qui a été retrouvé dans les fouilles et que vous avez intégré dans votre récit ?
Ce couteau est en réalité le point de départ de notre scénario ! Je m’explique. Lors de nos premières réunions nous avons essayé de trouver dés éléments découverts lors de fouilles archéologiques arlésiennes et susceptibles d’être intégrés à une histoire. J’ai alors pensé à un objet. Il s’agissait d’un petit couteau à lame pliante et manche d’ivoire qui avait été découvert en 2000 lors de la fouille d’un ensemble thermal. Ce couteau avait été retrouvé au fond d’une canalisation d’évacuation des eaux sales. En tant que scientifique, tout ce que je pouvais dire c’était que ce couteau provenait de cette canalisation ; qu’il avait été trouvé dans tel contexte chronologique et c’est à peu près tout… En effet, impossible pour un scientifique d’expliquer la raison de la présence de cet objet dans un endroit incongru ! Mais par contre pour un scénariste, quelle aubaine ! Laurent a saisi cet élément et c’est à partir de ce couteau, au demeurant totalement anecdotique dans le scénario de la BD, qu’est née l’histoire de Vitalis… Laurent s’est dit : « Bon, on a un couteau dans des thermes. Que fait-il là ? Et si des gens s’étaient battus ? Un individu en menace un autre avec son couteau. Mais qui sont ces gens ? Qui est celui qui est menacé ? Et si celui qui est menacé était un individu qui a des dettes et que son usurier veut faire payer ?
Voilà comment d’un élément archéologique est née une fiction appelée « Arelate » T1 Vitalis…
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