Les fouilles en cours de la cathédrale sur la colline du Château à Nice visibles depuis l'esplanade.

RECHERCHE - NICE

Les fouilles en cours sur la colline du Château
Interview de Marc Bouiron

Marc Bouiron est Conservateur du Patrimoine et Directeur du Service archéologique de la ville de Nice. Il dirige les fouilles en cours sur la colline du Château de Nice. C'est un site archéologique exceptionnel qui abritait il y a encore 350 ans une des plus grandes forteresses de France. Marc Bouiron nous présente, à travers cette interview, les premiers résultats et les différentes étapes de cette campagne de fouilles archéologiques. Il vient par ailleurs de publier (Nov. 2009) un ouvrage captivant avec Fabrice Anfosso (écrivain) aux Editions Mémoires Millénaires : "Le Dernier Rempart - La chute du Château de Nice sous Louis XIV" qui fait revivre les derniers jours du Château avec un Dossier Science et un roman dans le même livre.




RENCONTRE AVEC MARC BOUIRON (Directeur du Service archéologique de Nice)



Marc BOUIRON, vous venez de découvrir une église paléo-chrétienne du Ve siècle sur le site de la colline du Château à Nice. Pouvez-vous nous en parler ?

M.B. : La découverte principale de la campagne de fouille sur la colline du Château permet de résoudre une question qui se posait aux chercheurs depuis longtemps : la cathédrale du XIe s. avait elle succédé à un édifice plus ancien ? Nous avons pu mettre en évidence cette année (2009) qu'un bâtiment plus ancien existait au même emplacement, dont nous avons pu suivre les murs périmétraux (déjà partiellement dégagés par les fouilles anciennes mais rattachés alors à la période antique), ainsi que le sol, constitué d'un béton de tuileau à la mode antique. La céramique retrouvée dans les couches de préparation de ce sol est datée du Ve s. de notre ère. Le plan de l'édifice dégagé étant celui d'une église paléochrétienne et sa destruction étant réalisée lors de la construction de la cathédrale médiévale, il est très vraisemblable que l'on ait affaire à la première cathédrale de Nice.

Cette campagne de fouille sur la colline du château de Nice, est-elle un projet collectif que vous menez avec d'autres partenaires ?

M.B. : Cette campagne de fouille s'inscrit dans une démarche collective. Depuis 2006, un Projet Collectif de Recherche (PCR), validé par le Ministère de la Culture (SRA, DRAC-PACA), s'est constitué autour de l'étude de la Colline du Château de Nice, des débuts de l'occupation humaine (la fin de la Préhistoire) à nos jours. Participent à ce projet des chercheurs issus de nombreuses institutions (Ville de Nice, CG06, Université, CNRS, associations), en fonction de leurs compétences. Après avoir étudié les vestiges et le mobilier dégagés par les fouilles antérieures, nous avons cette année initié une nouvelle recherche archéologique sur le site. Outre la Ville de Nice, cette opération a reçu le soutien financier du Service régional de l'Archéologie (DRAC-PACA), du Conseil Général des Alpes-Maritimes et du CEPAM (laboratoire CNRS-Université de Nice).

Quel a été l'élément déclencheur qui a fait que vous décidiez de reprendre des opérations archéologique sur la colline de du château de Nice ?

M.B. : La colline du Château a depuis longtemps focalisé l'attention, autant de la part des historiens que des archéologues eux-mêmes. Les fouilles de Fernand Benoit sur l'ancienne cathédrale n'ont pas été poursuivies après 1964. Il a fallu attendre le travail d'inventaire et de prospection entrepris par Henri Geist, président du Cercle d'Histoire et d'Archéologie des Alpes-Maritimes, et son équipe pour s'intéresser aux vestiges de la fortification eux-mêmes. Or, rappelons-le, la colline dans son ensemble était militarisée et fortifiée lorsque Louis XIV décide la destruction des défenses niçoises. Enfin il faut signaler que c'est grâce à l'engagement de la Ville de Nice de son Maire, Christian Estrosi, et de son délégué au Patrimoine Historique, Jean-Marc Giaume, particulièrement intéressés par la redécouverte du patrimoine historique de Nice, que l'on a pu financer notre opération archéologique.

Le Dernier Rempart de Marc Bouiron et Fabrice Anfosso.

Pouvez-vous nous présenter concrètement comment se déroule cette fouille ?

M.B. : Nous avons cette année travaillé sur trois zones distinctes : l'ancienne cathédrale, la zone située immédiatement au sud et l'emplacement des tours du front nord de la fortification supérieure. Nous avons pu mettre en place un encadrement salarié par la Ville de Nice avec un responsable d'opération adjoint (Romuald Mercurin) et des responsables de secteur (Laurence Argueyrolles, Lise Damotte, Alain Grandieux) ; les sondages sur la fortification ont été pris en charge par un étudiant de l'Université de Nice, Eric Guilloteau, qui réalise son mémoire de recherche sur ce sujet. Le reste des archéologues était constitué d'étudiants de l'Université de Nice, plus ou moins avancés dans leurs études. Enfin, il faut signaler que nous avions en parallèle mis en place des ateliers d'animation à destination des scolaires grâce au travail d'Aurélie Monaldi.

C'est une opération dont la zone géographique semble très large ?

M.B. : La colline du Château est en effet très vaste. C'est pourquoi nous concentrons nos recherches de terrain sur la zone au sud de la cathédrale, où nous pouvons disposer d'une emprise importante. Les découvertes pourront ainsi être consolidées et présentées à terme au public. Les sondages sur la fortification sont eux beaucoup plus limités et destinés à être rebouchés.

Quels sont à terme vos espoirs sur les résultats de cette campagne de fouille ?

M.B. : Nous allons poursuivre nos investigations sur l'état paléochrétien afin de fouiller les niveaux sous-jacents. Les sondages réalisés en 1963 et 1964 par Danièle Mouchot, alors assistante de Fernand Benoit, ont en effet montré qu'il existe une véritable stratigraphie jusqu'au rocher couvrant la période Antique et les âges du Fer. Par ailleurs, les découvertes au sud de la cathédrale sont très prometteuses : nous sommes là en présence d'un cimetière médiéval et moderne, qui recouvre des tombes en bâtière qui sont probablement de l'Antiquité tardive ou du haut Moyen Âge. Enfin, plus au sud, les plans modernes indiquent un grand bâtiment qui peut correspondre au palais épiscopal. Nous avons donc là du travail pour de nombreuses années ...




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