Décés de Mme Denise de Sonneville-Bordes

Avec son mari, elle a révolutionné la préhistoire

Madame Denise de Sonneville-Bordes était une préhistorienne très connue du sud-ouest de la France, Directeur de recherche au CNRS. Elle a révolutionné, avec son mari, François Bordes (grand préhistorien français), la Préhistoire de l'après guerre en y introduisant un début d'approche statistique, lui pour le Paléolithique inférieur et moyen et elle pour le Paléolithique supérieur. François Bordes, son mari, a été un des premiers, dès son jeune âge, à expérimenter la taille du silex. Il fut un des pionniers de ces expérimentations. Si Mme Bordes n'a pas exercé dans le midi de la France, elle a noué des contacts avec des collègues locaux, notamment Max Escalon de Fonton ou encore Jean Courtin et visité de nombreux sites et laboratoires. Elle est décédée à 89 ans, le 21 mai 2008. Prehistoirepaca.com tient à rendre hommage à une dame dont l'oeuvre scientifique marquera à jamais la discipline.


Une dame de grande culture et de grande intelligence

Mme de Sonneville-Bordes en robe à carreaux.

Mme de Sonneville-Bordes était très attachée à sa discipline. Elle y consacra beaucoup d'énergie et de volonté, voire même de pugnacité. Pour Michel Lenoir, préhistorien, ancien élève de François Bordes et qui a très bien connu Mme Bordes, même jusqu'à ces derniers jours, « elle fut sans compter l'alliée indéfectible de son époux le professeur François Bordes qu'elle seconda au cours des nombreuses années de leur existence commune, sur les chantiers de fouille et dans les structures universitaires ». Très concernée par l'avenir du Laboratoire de Bordeaux, qu'elle défendit avec courage et fermeté contre vents et marées, « elle était très soucieuse du devenir de ses élèves, précise Michel Lenoir, cette grande dame de la préhistoire sût toujours allier une parfaite éducation et une grande accessibilité ainsi qu'un sens social très fort qui ne fût pas toujours perçu à sa juste valeur ».


François Bordes avec la pipe

Jacques Collina-Girard, préhistorien et Maître de conférences à l'Université de Provence a bien connu Mme Bordes, ayant lui-même enseigné à Bordeaux. Voici son témoignage : « j'avais une  grande estime pour cette dame de très grande culture et de grande intelligence et c'était aussi une mine d'anecdotes sur l'évoluton  de la  préhistoire et la personnalité des préhistoriens. Tout le monde l'a poussé à écrire ses mémoires mais je ne pense pas qu'elle l'ait fait ce qui est dommage pour les historiens de la discipline Après la mort de son époux elle repassait souvent au Laboratoire de Bordeaux qu'elle considérait un peu comme son domaine et celui de son mari, dont elle entretenait volontier le souvenir. Une petite dame toute menue qui ne machait quelquefois pas ses mots mais qui avait un jugement précis concernant son entourage ».




Parcours de DENISE DE SONNEVILLE-BORDES (1919-2008)


Denise de Sonneville Bordes naquit le 29 décembre 1919 à Bordeaux (Gironde). Elle est décédée à Gradignan (Gironde) le 21 mai 2008. Elle était la fille du peintre Georges de Sonneville et de Yvonne Préveraud de Sonneville, elle même artiste- peintre réputée.

Après avoir obtenu un Baccalauréat de Philosophie en 1939 à Bordeaux, elle devint élève de l’Ecole Normale supérieure de jeunes filles de Sèvres ( Lettres) de 1942 à 1946. Admise à l’Agrégation d’Histoire et de Géographie en 1950, elle a été reçue au Concours des Professeurs certifiés d’Histoire et de Géographie.

Elle a brillamment soutenu à Paris en 1956 une thèse de Doctorat d’Etat es Sciences naturelles concerant le Paléolithique supérieur en Périgord, avec mention « Très honorable ». Après avoir enseigné de 1946 à 1952, dans divers lycées et collèges de la Seine, elle est entrée au CNRS en 1952 et a été nommée au grade de Directeur de Recherche en 1975. Au Laboratoire de Palethnologie de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes où elle fut l’élève du Professeur Raymond Vaufrey et eut pour parrain le célèbre abbé Henri Breuil. A partir de 1957, elle a conduit ses travaux au Laboratoire d’Anthropologie et de Préhistoire de la Faculté des Sciences de l’Université de Bordeaux, devenu par la suite : Institut du Quaternaire -LA 133 dont elle est devenue le Directeur adjoint à la mort de François Bordes en 1981.

Outre la direction du chantier de fouilles du gisement de Caminade (La Canéda), Aurignacien et Paléolithique moyen, (Caminade ouest de 1954 à 1956, Caminade Est de 1956 à 1958 et de 1961 à 1963). elle a participé à la fouille d’autres gisements notamment les sites charentais de La Chaire-à-Calvin et de la Chaise outre les nombreux chantiers dirigés par François Bordes.

Une des ses contributions scientifiques majeures concerne l’étude des industrie du Paléolithique supérieur en Périgord d’après les collections des fouilles de D. Peyrony traitée dans sa thèse de Doctorat . Cette analyse typologique des industries du Paléolithique supérieur a été étendue à d’autres pays d’Europe dans lesquels elle a effectué diverses missions (Suisse, Belgique, Espagne, Italie Allemagne, Pologne, Hongrie, Tchecoslovaquie, Pologne, ex U.R.S.S ). Dès 1954, elle a appliqué la méthode statististique, inspirée de celle de François Bordes utilisée pour le Paléolithique ancien et moyen à l’étude des industries du Paléolithique supérieur et élaboré en 1954, en collaboration avec Jean Perrot une Liste typologique du Paléolithique supérieur constituée de 93 types . Cette liste a été revisée en 1972 à Bordeaux par un groupe d’étude auquel elle a bien entendu participé activement.

D. de Sonneville-Bordes a enseigné à l’Université de Bordeaux (Universités de Bordeaux I, Bordeaux II, Bordeaux III), à Berkeley assumé plusieurs directions de recherches et dirigé plusieurs thèses. Outre ces enseignements elle a donné de nombreuses conférences en France et à l’étranger (Espagne, Italie, Suisse, Allemagne, Grande-Bretagne, Pologne, Etats-Unis, Australie..). Elle a également participé à de multiples Congrès et Colloques, nationaux et internationaux et organisé en 1977 à Talence  le Colloque international CNRS : La fin des temps glaciaires en Europe, accompagné d’une exposition et dont les actes ont été publiés par les Editions du C.N.R.S. en 1979.

D. de Sonneville-Bordes a dirigé les Publications de l’Institut de Préhistoire de l’Université de Bordeaux et elle fut codirecteur des Cahiers du Quaternaire, éditions du CNRS, Centre régional de Bordeaux de 1979 à 1981.

Membre de plusieurs sociétés scientiques, elle fut membre de Conseil d’Administration de l’Association des Géologue du Sud-Ouest en 1955-1960 et de celui de la Société d’Anthropologie du Sud-Ouest dont elle fut présidente en 1979-1980 . Elle fut nommée présidente de la Société Préhistorique Française en 1975.

Elle fut Responsable de la R.C.P. 78 « La sédentarisation : aspects palethnologiques et pédologiques » (1965-1908) et de l’Equipe II de Préhistoire de l’Institut du Quaternaire « Modes de vie préhistoriques : étude des variabilités affectant les modes de vie des groupes humains préhistoriques en relation avec les modifications paléoclimatiques et paléogéographiques, les inventions technologiques et la transformaion des systèmes symboliques."

Outre de nombreuses publications scientifiques (près de 200) concernant principalement le Paléolithique supérieur, la direction d’Actes de Colloques et de monographies, la rédaction de commentaires d’ouvrages et de préfaces, elle a publié deux ouvrages pour le grand public : L’âge de la pierre, aux éditions : Que Sais-je ? en 1961 et qui a fait l’objet de plusieurs réeditions et La Préhistoire moderne (ed. Fanlac. 1967, réedité en 1972).

Source : Michel Lenoir