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Question : Pierre-Elie Moullé, vous avez en charge la fouille de la grotte du Vallonnet, à Roquebrune Cap Martin, où en êtes-vous dans vos recherches sur ce site ?
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Entrée de la grotte du Vallonnet à Roquebrune-Cap-Martin.
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PE. M. : Ce site daté d’un million d’années est le plus ancien site préhistorique de France et l’un des plus anciens d’Europe. J’ai été responsable de la fouille de la grotte du Vallonnet en 2004, 2005 et 2006. Il n’y a pas de fouilles actuellement. Une publication de synthèse est en cours de préparation sous la direction du professeur Henry de Lumley. Nous souhaitons reprendre la fouille du site, mes collègues du laboratoire départemental de préhistoire du Lazaret et moi-même, après ce travail de publication. Lors des dernières campagnes de fouilles ont été découvertes des industries lithiques et de nombreux ossements de rhinocéros, de bison, de cervidés et même d’éléphant. Particulièrement intéressante fût la découverte en 2006 des os d’une patte arrière de bison qui avaient conservé leur position de connexion anatomique. Cela montre que les niveaux archéologiques fouillés n’ont pas été perturbés.
Le site du Vallonnet est très proche en datation de celui d'Atapuerca, au nord de l' Espagne où vient d'être retrouvée une machoire d'un hominidé datée dans une fourchette allant de 1,1 à 1,2 million d'années. Que vous inspire cette découverte par rapport aux premiers hommes qui ont peuplé le sud-est de la France et en particulier l'analyse de la grotte du Vallonnet ?
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Machoire d'un hominidés datées de 1.2 million d'années (Altapuerca - Espagne). Il restait encore 7 dents enchassées dans la machoire, et une huitième dent était isolée.
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PE. M. : Eudald Carbonell et ses collaborateurs viennent en effet de publier dans la revue Nature la découverte d'une mandibule humaine à la Sima del Elefante, l'un des sites d'Atapuerca près de Burgos en Espagne. La mandibule et des industries lithiques associées y sont datées de 1,2 million d'années. Les sites espagnols de Barranco Leon et Fuente Nueva 3 en Andalousie et le site italien de Pirro Nord en Italie ont déjà livré des industries lithiques aussi anciennes. La découverte de la Sima del Elefante n'apporte donc pas d'informations nouvelles en ce qui concerne l'ancienneté de la présence de l'homme en Europe. Par contre, c'est la première fois qu'un fossile humain, en l'occurrence cette mandibule attribuée au genre Homo, est découvert dans un niveau aussi ancien en Europe. Des informations vont pouvoir être apportées sur l'aspect des premiers européens auteurs des industries lithiques des différents sites que nous avons évoqués, mais aussi sur celles de la grotte du Vallonnet, site qui, comme vous l'avez précisé, est a peine plus récent avec son million d'années.
« Dmanissi, le plus ancien site préhistorique d’Eurasie est daté de 1,8 million d’années »
Vous vous occupez aussi d’autres chantiers de fouille à l’étranger sur des périodes aussi reculées, pouvez-vous nous en parler ?
PE. M. : J’ai participé jusqu’en 2006 à des fouilles en Géorgie dans le cadre d’une collaboration entre le Musée National de Géorgie et le département de préhistoire du Muséum National d’Histoire Naturelle. J’ai ainsi fait partie d’une équipe française qui a participé aux fouilles du site de Dmanissi, le plus ancien site préhistorique d’Eurasie daté de 1,8 million d’années. Nous avons également participé à la fouille du site paléontologique de Tsalka dont l’âge est proche de celui de Dmanissi. Entre 1997 et 2008, j’ai aussi participé à des travaux de terrain dans la région de Fejej dans le sud de l’Ethiopie. Le Professeur Henry de Lumley y organise des campagnes de prospections et de fouilles. En 2005, nous avons découvert des fossiles d’Australopithecus anamensis datés, grâce à la faune associée, entre 5 et 4 millions d’années. En janvier et février 2008, une nouvelle mission d’un mois et demi conduite par Emmanuel Desclaux, directeur du laboratoire départemental de préhistoire du Lazaret, nous a permis de poursuivre la prospection, de réaliser des prélèvements géologiques pour étude en laboratoire en France, et d’approfondir l’étude des fossiles au Musée National d’Ethiopie à Addis Abeba.
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