Signature du protocole de coopération entre Xavier Delestre, représentant le Ministère de la culture français et Pasquale Bruno Malara, représentant le Ministère de la culture italien.

ARCHEOLOGIES TRANSFRONTALIERES

"Une excellente occasion pour permettre à des chercheurs œuvrant de part et d'autre de la frontière d'échanger leurs savoirs "

Du 13 au 15 décembre dernier s'est tenu, à Nice, le premier colloque en vue de développer une coopération franco-italienne dans les domaines de l'archéologie. Cette rencontre co-organisée par les ministères de la Culture français (DRAC de Provence-Alpes-Côte d'Azur/SRA) et italien (surintendances de Ligurie et du Piémont) a connu un vif succès et augure d'une coopération développée entre les deux pays dans les années à venir. Bilan de ce colloque avec Xavier Delestre, Conservateur régional du Patrimoine.




Prehistoirepaca.com : Xavier Delestre, quel bilan tirez-vous de ces 3 journées en terme du nombre de participants, du succès de fréquentation et de l'organisation ?

Xavier Delestre : Cette première rencontre fut, je crois, un succès pour plusieurs raisons : d'abord par le nombre de participants (130 inscrits) ensuite, par la possibilité qui nous était offerte de dresser un bilan circonstancié  allant de la préhistoire ancienne à l'époque médiévale. Enfin, j'ajouterai que ce colloque a également été une excellente occasion pour permettre à des chercheurs œuvrant de part et d'autre de la frontière de faire connaissance et d'échanger leurs savoirs et leurs expériences.


Prehistoirepaca.com : Cela a-t'il été difficile de réunir, au cours d'une même manifestation, des scientifiques issus des deux pays (problèmes de langue, de cultures différentes, de méthodologie scientifique) ?

X.D. : Je dois dire que le projet de coopération transfrontalière que nous avons initié avec mes collègues Didier BINDER et Philippe PERGOLA a immédiatement reçu un accueil très favorable auprès de nos collègues français et italiens. Certes, la langue est toujours une difficulté lorsque soit même on ne la maîtrise pas mais fort heureusement, les scientifiques ont appris depuis très longtemps dans de telles circonstances à échanger par le filtre de l'anglais ou par le biais de savants mélanges des deux langues ! Quant aux questions méthodologiques, elles faisaient effectivement partie de notre approche en particulier pour ce qui concerne la cartographie archéologique et la définition de système de prédiction archéologique permettant de garantir une bonne conservation des vestiges archéologiques sans pour autant entraver le développement économique et l'aménagement du territoire. Ce  point est d'ailleurs l'une des ambitions de la loi relative à l'archéologie préventive.


C'était,  je vous le rappelle, l'objectif premier de cette rencontre. Dans cette perspective, nous avions demandé aux collègues de présenter non pas des découvertes ponctuelles mais bien d'établir un bilan scientifique pour une période. Le même exercice étant demandé pour les deux pays.


Quel bilan peut-on tirer sur les recherches transfrontalières de ces dernières années ?

X.D. : Les présentations de ces trois journées ont permis de mesurer la richesse des acquis pour plusieurs thèmes de recherche grâce à des travaux collectifs. Je pense notamment ces dernières années aux travaux sur le paléolithique, le néolithique et pour les périodes historiques aux recherches sur la céramique commune antique ou sur l’occupation des îles.

Quelles perspectives de recherche transfrontalières sont envisagées pour les années à venir ?

X.D. : Les perspectives de recherche pour les années à venir sont de plusieurs ordres. En premier lieu, sur la formation universitaire et l’accueil de jeunes chercheurs. En second lieu, sur la recherche a proprement dite par des travaux de terrain (fouilles et prospections). Plusieurs propositions ont été formulées. Parmi celles-ci, on peut citer l’étude de la vallée de la Siagne, la diffusion des matières premières à l’époque néolithique, l’occupation de la haute montagne, l’urbanisme antique, le paysage architectural médiéval (châteaux, églises, …). En troisième lieu, sur la diffusion et la réalisation des résultats. Cette perspective passera par une meilleure mise en réseau des musées. Le développement de projets de mise en valeur et d’itinéraires archéologiques à l’image de ceux réalisés pour le tronçon de la via julia entre La Turbie et Vintimille.. Enfin, cette coopération scientifique institutionnelle devrait également favoriser les réflexions sur les questions de cartographies archéologiques, d’archéologie prédictive pour faire en sorte que le patrimoine et son étude trouvent toute leur place dans nos sociétés contemporaines. En quelques mots de permettre le développement et l’aménagement du territoire en se fondant sur une meilleure connaissance d’un riche passé.

Sommes-nous à l'aube d'une véritable intensification des rapports entre chercheurs italiens et français ?

X.D. : Je le souhaite pour ma part vivement mais, bien entendu, le contenu de ce projet ambitieux sera ce qu’en feront les chercheurs. Le cadre administratif est posé, les contacts sont pris, la volonté de faire est présente. Tout ceci doit se traduire maintenant par des actions concrètes. Le comité scientifique créé à cet effet devra servir d’aiguillon.

Existe-t'il des cas de rapprochement dans la recherche archéologique dans d'autres régions de France, avec notamment l'Espagne, la Suisse ou l'Allemagne par exemple ?

X.D. : A ma connaissance, il n’existe pas de protocole de coopération scientifique de même nature signé par le ministère de la Culture et de la Communication et un espace transfrontalier. Pour autant, dans d’autres régions transfrontalières, à l’initiative de tel ou tel partenaire institutionnel, ont été créés des échanges. Je pense à ce qu’a été fait depuis de très nombreuses années en Lorraine pour la création du parc archéologique de Bliesbruck-Reinheim, les publications et colloques dans le cadre du projet Sarre-Lor-Lux, les travaux en Franche-Comté avec la Suisse, la région Languedoc-Roussillon avec l’Espagne, la Corse avec la Sardaigne, …



EN SAVOIR PLUS...

  • LE COLLOQUE : Découvrir le programme du colloque
  • INTERVIEW : Découvrez l'interview que nous avait accordée Xavier Delestre, il y a presque 1 an, dans laquelle il livrait une description détaillée du patrimoine préhistorique régional ainsi qu'un bilan sur les recherches en cours : cliquez ici