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Prehistoirepaca.com : Vous expliquez dans l'ouvrage « Là où la Terre touche le Ciel » que vous avez du retrouver une certaine virginité de regard en vous immergeant dans ces gravures au pied du mont Bégo, comment avez-vous réussi à faire revivre cette époque de l'âge du Bronze ?
Fabrice Anfosso : Il n’y avait pas de différence majeure entre ce travail sur l’âge du Bronze et celui que mes précédents romans avaient nécessité. La recette était la même : seuls les ingrédients changeaient. J’ai déjà inventé des mondes, en m’efforçant de leur donner l’apparence de la réalité. Cette fois, je n’avais pas à inventer le contexte : seulement à remplir les vides laissés par les études archéologiques. Je dirai donc que ce projet était à mi-chemin entre les deux types de littératures que l’on rencontre habituellement : celle de l’imaginaire, et celle qui s’attache uniquement à la réalité. Il s’agissait bien pour moi de faire revivre une réalité, mais une réalité incomplète. Je disposais d’éléments prouvés, mais j’étais privé de toute trace écrite de ce temps (à part, justement, ces gravures de la vallée des Merveilles), de tout témoignage « direct ». Et ces failles, finalement, étaient peut-être ce qu’il y avait de plus excitant dans ce projet.
Prehistoirepaca.com : Comment est née l'idée de ce projet, mélanger la science à la fiction dans un même ouvrage ?
F.A. : Les gravures de la vallées des Merveilles nous parlent des croyances de ces hommes, de leurs rêves, de leurs craintes : de leur « imaginaire », justement ! Je ne pense donc pas que ce soit les trahir que de faire revivre leur imagination par la nôtre. Au contraire, ce choix permet d’aller au-delà de la vérité historique, d’atteindre ce qu’on pourrait appeler une forme de vérité poétique. Tout le défi de ce roman était précisément de donner vie à une âme de l’âge du bronze sans trahir les réalités de cette époque.
Nous ne pouvons pas connaître avec précision les modes de réflexion de nos ancêtres, mais nous pouvons être certains qu’ils ressentaient des émotions proches des nôtres. L’émotion est peut-être l’unique certitude historique. Ce que ressentit Otzi, le célèbre homme des glaces, lorsqu’il s’effondra en pleine montagne pour mourir dans la neige, nous le comprenons forcément, intimement. Otzi a vécu 5300 ans avant nous, mais à cet instant précis, il aurait pu être n’importe lequel d’entre nous. Sa dernière heure est éternelle.
« Faire revivre une époque, c’est aussi faire revivre ses croyances »
Prehistoirepaca.com : Comment est née l'idée de ce projet, mélanger la science à la fiction dans un même ouvrage ?
F.A. : Se documenter sur une époque est un travail assez long, mais relativement aisé. Quantité d’ouvrages ont été publiés sur l’âge du bronze, en particulier sur la vallée des Merveilles. J’ai même eu la chance de rencontrer certains scientifiques spécialistes de la question et de leur faire relire mon texte. Lorsqu’on a l’intention d’écrire un roman, le travail de recherche est un peu particulier : les zones de flou ou de mystère deviennent une priorité. Au lieu de regretter que certains mystères demeurent, le romancier s’en réjouit, parce que son imagination pourra s’y engouffrer.
A ce titre, le Bego est une énigme fascinante : pourquoi lui ? Pourquoi cette montagne et pas une autre ? Qu’y avait-il là-haut ? Dire qu’elle attirait les éclairs ne suffit pas. C’était le cas d’autres sommets. J’ai donc pris le problème sous un autre angle, en me posant une question qui porte souvent ses fruits : et si c’était vrai ? Et si les dieux avaient vraiment occupé ce lieu sacré ?
Prehistoirepaca.com : Pensez-vous sérieusement que c’est possible ?
F.A. : Ce que je pense n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est que les hommes de cette époque en étaient apparemment convaincus. Faire revivre une époque, c’est aussi faire revivre ses croyances. Comment comprendre les indiens sans croire au chamanisme ? Comment comprendre les celtes sans croire aux fées ? Chaque culture prend racine dans sa cosmogonie, dans un ensemble de symboles et de légendes. Refuser en bloc, au nom de notre cartésianisme moderne, tout ce qui semble irrationnel, c’est se fermer les portes de l’histoire. .
Prehistoirepaca.com : D'autres projets pour l'avenir ?
F.A. : Je suis en train de travailler sur mon prochain roman qui traitera de Nice au Moyen Age. Je préfère ne pas en dire plus pour le moment, mais l’aventure continue.
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