Le dépôt de Aix-les Milles, ses laboratoires et sa salle de stockage.


ACTUALITE - RECHERCHE... Mardi 4 septembre 2007

Des Romains à la préhistoire sur le chantier d'Aix-en-Provence

Nous suivons pour la 3e semaine consécutive l'avancement des travaux sur les fouilles de sauvetage du collège Mignet. A 15 jours de la fin du chantier, gros plan sur le dépôt des Milles utilisés notamment par l'équipe du collège Mignet. Vous découvrirez aussi l'avis de deux géologues consultés pour ce chantier par Nicolas Rouzeau, le responsable des fouilles et l'influence des romains sur l'étude des outils préhistoriques ! TROISIEME ARTICLE !


Suivez le déroulement de cette fouille en quasi direct sur prehistoirepaca.com !

Notre équipe met en place un suivi régulier de cette fouille de sauvetage en plein coeur d'Aix-en-Provence, jusqu'à la mi-septembre. Ainsi, retrouvez chaque semaine, au fur et à mesure de l'avancement des travaux, les nouvelles découvertes enregistrées par les scientifiques. Suivez de l'intérieur la vie d'un chantier de fouille et les difficultés rencontrées par les chercheurs grâce à des interviews régulières des principaux acteurs. Si vous avez des questions à poser à Nicolas Rouzeau, le responsable des fouilles, faites nous le savoir en écrivant à memoiresmillenaires@wanadoo.fr. Nous sélectionnerons les plus intéressantes.


Le dépôt de fouille de Aix-les Milles


Le littoral méditerranéen et le territoire de la région Provence Alpes Cote d'Azur ont livré ces cinquante dernières années un vaste matériel archéologique qui est géré par les services du ministère de la Culture et de la Communication. Mais où est stocké et analysé ce matériel ? Au dépôt de fouille des Milles mon Général !

En 2000, fut pris la décision de construire un dépôt de fouille avec pour objectif d'organiser un centre de stockage et de gestion scientifique du mobilier archéologique mis au jour dans la région PACA et dans le domaine public maritime. Ce dépôt archéologique fonctionne en étroite liaison avec l'ensemble des établissements muséographiques régionaux et avec les partenaires scientifiques de l'Etat. Le bâtiment regroupe différents espaces de travail et d'étude tels qu'une salle de stockage, un laboratoire, des bureaux, une salle de réunion...

Le dépôt est donc aujourd'hui utilisé pour chaque campagne de fouille préventive ou programmée de la région. Une équipe tournante du chantier du collège Mignet s'occupe depuis quelques semaines du tri du matériel au dépôt de fouille des Milles. Il convient en effet de procéder sans tarder au tri des sédiments prélevés de manière à restituer la dynamique de comblement de cet espace d'étude durant ces derniers 10.000 ans. C'est aussi le temps de prélever les charbons de bois en vue d'une première datation au C14, et de comptabiliser les fragments de silex brulés, et rechercher, bien entendu, des petits éclats de silex taillés et esquilles de plus de 1,2 millimètres d'épaisseur (maille du tamis).



L'avancement des travaux sur le chantier du collège Mignet


Après réparation d'actes de vandalisme (lamentable !), la semaine passée (du 27 août au 1er septembre 2007) a été principalement occupée à l'étude des niveaux gallo-romains, qui contrairement à ce que l'on peut penser, présentent un intérêt pour la préhistoire ! En effet, l'équipe « attachée aux travaux forcés en haute température » dixit Nicolas Rouzeau (il fait chaud en plein mois d'août à Aix !), a terminé la mise en forme des coupes stratigraphiques dans l'optique d'une lecture tri-dimensionelle de l'histoire du comblement de ce vieux talweg.

On peut y lire un certain nombre « d'événements boueux » depuis l'holocene (6). Nicolas Rouzeau nous en fait une lecture simplifiée : « Le premier – niveau boueux - contient la série de silex brulés qui constituent le problème sur lequel nous nous penchons. On découvre ensuite comment le quartier a fait l'objet d'un programme d'assainissement au siècle de Jules César destiné à canaliser les eaux usées vers la vallée de l'Arc. Et puis, de quelle manière les soeurs du quatorzième siècle, oubliant l'intérêt de préserver ce chenal, se sont retrouvées victimes de deux coulées de boues de cinquante centimètres d'épaisseur ! Ceci dit, c'est aux romains que l'on doit l'ultime déplacement des outils préhistoriques retrouvés en cours de fouille ».



L'avis de géologues sur le chantier du collège Mignet


L'équipe a fait appel à deux géologues spécialistes du quaternaire et de la préhistoire (Nicolas Fedoroff et Marie Agnes Courty) afin de mieux comprendre le sol sur lequel ils travaillent. Nous les avons contactés hier, ils ont très gentiment accepté de nous donner par mail un bref avis sur la géologie et l'âge du site archéologique du collège Mignet. Attention, pour les non initiés, le langage est assez pointu mais il permet de se rendre compte de la technicité nécessaire à l'analyse d'un sol ! (Vous trouverez ci-dessous un petit lexique pour faciliter la compréhension du texte).

« En surface, on observe une couverture colluviale à stratification relativement irrégulière formée de dépôts fins séparés par des lits de cailloutis. Des remaniements anthropiques (1) sont aussi visibles dont les divers âges sont attestés par des artéfacts (2) modernes, moyenâgeux et romains et quelques restes de céramique néolithique.

Ces sédiments recouvrent en concordance un paléosol (4) de type semi-tourbeux à intercalations limoneuses à nombreux nodules calcaires dans l’horizon sous-jacent. Des pièces lithiques (5) ont été trouvés à 20 cm sous le sommet de ce paléosol ainsi que des silex brûlés selon le rapport d’expertise de R. Chenorkian et de J.C. Bracco (2007). Ce paléosol est répertorié sur la carte géologique au 1/50 000 (feuille d’Aix-en-Provence) sous le nom d’alluvions tourbeuses récentes, FTz, à niveau concrétionné calcaire. Par ailleurs, sa concordance avec la couverture colluviale supérieure, sa position géomorphologique (microtalweg en pente) et sa fraîcheur indiquent sans ambiguïté un âge récent (Holocène (6) ancien à moyen). Il y a donc une discordance d’âge majeure entre les pièces lithiques et le paléosol où elles ont été trouvées. Nicolas Rouzeau doit faire dater par AMS la matière organique et Marie Agnès Courty en faire une étude microanalytique (7). L’origine des silex brûlés ne peut être définie sur le terrain. Mais il faut noter que la notice géologique (feuille d’Aix-en-Provence) signale des silex noirs dans le Stampien (8) supérieur, g2b, qui affleure dans la ville d’Aix-en-Provence. » Le 3 septembre 2007 N.Fedoroff et Marie Agnès Courty.

(1) remaniements anthropiques : Il s'agit d'un remaniement voulu ou non par l'homme mais qui est de sa responsabilité.

(2) artéfacts : phénomène d'origine humaine.

(3) Néolithique : période allant de 6 000 avant J.C. À 2 800 av. J.C. comprise entre le Mésolithique et le Chalcolithique (Âge du cuivre). Durant cette période, les hommes fabriquent pour la première fois de la céramique.

(4) paléosol : sol résultant d'une évolution ancienne, formé par des conditions disparues pouvant affleurer à la surface ou être recouvert de dépôts plus récents.

(5) pièces lithiqes : relatif à la pierre.

(6) holocene : époque géologique s'étendant sur les 10 000 dernières années.

(7) étude microanalytique : analyse chimique de haute précision portant sur des masses extrêmement faibles.

(8) stampien : Subdivision de l'époque géologique de l'oligocene comprise entre 33,9 et 23, 03 millions d'années.



Article réalisé par F. BOYER le 04.09.2007